Comment, en soutenant Ségolène Royal, à deux jours du deuxième tour, être objectif quand il s’agit de traiter du discours de Nicolas Sarkozy ?…La tâche est évidemment loin d’être aisée.
Pourtant, depuis quelques jours circule sur Internet un documentaire inédit diffusé sur aucune chaîne de télévision qui tente d’analyser le discours du candidat de l’UMP. Bien que réalisé il y a
déjà deux ans il reste d’actualité en soumettant ses paroles sur la France, la société, le travail, l’immigration, etc. au jugement de plusieurs
français, acteurs politiques et associatifs ou simples citoyens. Cet article n’a alors d’autre prétention que de résumer les différentes opinions pour apporter un regard plus clair sur le
discours de Nicolas Sarkozy.
Au ministère de l’intérieur il aura incarné l’autorité, à la tête du ministère des finances, il aura incarné l’action. L’ordre républicain, la réussite, le travail, la famille, la religion sont
des thèmes récurrents de son discours.
- L’ordre :
Il est vrai que le discours de Nicolas Sarkozy a souvent inquiété de par la brutalité qui peut en ressortir. Toutefois, d’aucuns lui donnent raison…
« Si nos lois ne plaisent pas, nul n’est obligé de les subir en demeurant en France ». En apparence, cette phrase relève effectivement du bon sens…mais on peut tout de même
s’interroger…
Cette affirmation n’est-elle pas liée à l’immigration pour Nicolas Sarkozy ? Est-ce que cela veut dire que lorsqu’on est français on peut rester sur le territoire même en contestant la loi
et que quand on est immigré on est obligé d’accepter ces lois ? Pas nécessairement il est vrai, mais son discours reste néanmoins ambigu et pourrait comporter un caractère discriminant.
- La République :
On relève dans son discours une déploration et une critique du passé. Nicolas Sarkozy veut incarner une alternance aussi bien interne à la droite que par rapport à la gauche en se réappropriant
l’idée de République et des valeurs qui lui sont attachées. Cependant, à la République, il fait ajouter la démocratie fondée sur « le réajustement permanent de toutes les certitudes »,
« la démocratie c’est le doute et la remise en cause des valeurs » qui ont entraînées l’abolition de la peine de mort ou encore le droit à l’avortement. On ne peut alors assimiler
République, démocratie et fixation des valeurs comme le cherche Sarkozy.
- La France :
Nicolas Sarkozy est conscient du fait que la France est un pays qui a un potentiel gigantesque, un pays auquel il faut « donner envie de se transcender ». « Il faut dire à la
France qu’elle est forte et qu’elle est capable de faire beaucoup de choses ». En cela réside l’une des qualités du président de l’UMP. En effet, il sera important d’avoir à la tête de
l’Etat un ou une président(e) qui veut croire aux capacités de la France, un ou une président(e) qui arrivera à incarner l’élan nouveau à donner au pays.
- La société :
Sarkozy nourri son discours de l’idéologie du mérite. Ainsi, une fois la donne sociale distribuée, la politique de Sarkozy avantagerait ceux qui ont réussi. Ne faudrait-il pas d’abord permettre à
chacun d’avoir les mêmes conditions, les mêmes chances pour réussir ?
Pour Nicolas Sarkozy, ceux qui travaillent le plus sont ceux qui s’en sortiront le mieux. Ceux qui ont souffert ou bien ceux qui sont d’origine immigrée pourront s’en sortir s’ils le méritent. Et
que deviendront les personnes qui n’auront pas réussi ? Que veut dire « avoir réussi » aux yeux de Sarkozy ?
Le danger mis en valeur par cette logique est bien celui de l’« individualisation de l’échec », qui consiste à dire « ceux qui échouent c’est de leur faute ! », mais
aussi à dresser les citoyens les uns contre les autres en stigmatisant une partie de la population. Une femme au foyer serait-elle alors assez méritante ?
Nicolas Sarkozy semble vouloir redonner aux français « le goût de la réussite »…On ne peut que s’en réjouir ! Il déclare par ailleurs
« la France qui travaille doit être encouragée, remerciée ». Pourtant la France du travail, c’est aussi la France des plusieurs millions de personnes qui aimeraient travailler mais qui
sont au chômage. Sarkozy donne ici l’impression que tous ceux qui ne travaillent pas sont des fainéants ou bien qu’ils l’ont choisi ! Encore une fois ne stigmatise-t-il pas là presque 10 %
de la population active ?
- La discrimination positive :
Le candidat de l’UMP prône la discrimination positive. Il est effectivement cohérent de vouloir donner la possibilité de réussir aux personnes qui n’y arrivent pas. Cependant, personne ne veut
donner le sentiment d’avoir réussi ses études, d’avoir trouvé un métier sous prétexte qu’il est maghrébin par exemple. La République se doit au contraire de mettre à égalité tous ses enfants…
- Le travail :
« Travailler plus pour gagner plus » : c’est la doctrine de Nicolas Sarkozy…
Est-ce réellement la meilleure méthode pour revaloriser le travail ? Premier constat : certaines personnes aimeraient pouvoir travailler plus mais leur employeur ne leur en donne pas la
possibilité.
Ne faudrait-il pas plutôt trouver un emploi à ceux qui n’en ont pas et faire en sorte que ceux qui travaillent soient reconnus pour ce qu’ils font ? Chacun sait combien la valeur travail est importante et permet même d’exister au sein de la société et pas uniquement d’avoir une réussite individuelle comme le
privilégient certains… Au final au « travailler plus pour gagner plus » ne peut-on pas opposer le « travailler moins, pour travailler tous » ?
- Allocations :
« Les moyens dont nous disposons ne doivent pas être consacrés à aider les exclus à survivre mais à leur donner la chance d’apprendre un métier » affirme Nicolas Sarkozy. Oui mais…il
faut penser au fait que si une personne est exclue elle l’est par quelqu’un ! On n’est jamais exclu de son plein gré. Aujourd’hui en région parisienne par exemple, un SDF sur trois a un
emploi…ce n’est pas en leur donnant un travail qu’ils sortiront de l’exclusion…
Pour que les chômeurs retrouvent un emploi, il faut les aider à retrouver confiance en eux par des programmes de réinsertion qui s’accompagnent d’allocations également. Il est ici nécessaire de
ne pas remettre en cause la protection sociale et la solidarité !
Sarkozy aura toutefois eu le mérite d’engager le débat sur nombre de sujets. Il fait par ailleurs partie, avec Ségolène Royal, d’une nouvelle génération politique, enthousiaste, à même d’incarner
l’élan à donner à la France.
Mais finalement, le candidat qui fonde une grande partie de son discours sur l’idée du mérite…mérite-il vraiment nos suffrages le 6 mai prochain ?