Au lendemain du premier tour, je me suis senti un électeur « courtisé » : mon candidat ne s’est pas qualifié pour le
second tour, mais s’est imposé comme le 3e homme. Vous l’aurez compris, j’ai voté François Bayrou, comme environ 7 millions de
Français ; et pour le second tour, après quelques jours d’observation, j’ai décidé que je voterai, avec conviction, pour Ségolène
Royal.
Le fait marquant de ce premier tour est le taux de participation exceptionnel.
Bien sûr, le spectre du 21 avril 2002 était dans les esprits, mais je pense également que la manière d’envisager la politique a évolué, ce
qui a séduit les Français. Nous avons eu, dans cette campagne, un véritable débat entre des projets très complets et souvent détaillés sur les
orientations de réforme de notre pays. Et au-delà , la « méthode » Bayrou de se situer au-delà du clivage gauche – droite, de réunir les meilleures idées afin de réfléchir
ensemble à l’avenir du pays, a réussi à s’insérer dans la campagne. Les débats de « politique politicienne », au cours desquels les attaques personnelles fusaient en se coupant la
parole, laissant dans la tête du téléspectateur un mal de crâne et un profond désintérêt pour la politique, semblaient avoir disparu, ce qui a sûrement joué un grand rôle dans la participation
des Français à l’élection.
Pourtant, au second tour, il semble que seule Mme Royal ait compris cet enseignement et
incarne cette nouvelle politique. Si le pacte présidentiel reste le cœur du projet, elle se montre cependant ouverte
aux propositions qui viendraient le préciser, en faisant ainsi un projet évolutif, visant le consensus. Dans l’autre camp, malgré ses propos le soir du premier tour, le candidat de la droite semble être revenu à l’ancienne méthode : le débat avec M. Bayrou a été refusé par M. Sarkozy, ses lieutenants dévalorisent sans
cesse le projet socialiste en le qualifiant de passéiste et rétrograde et l’UMP se retrouve à adopter une attitude rigide autour du projet de son candidat.
Son projet, il l’a annoncé, n’est pas négociable, il est sans compromis. Le discours
semble se situer dans une logique d’opposition, presque de manichéisme (les Français face aux immigrés, les feignants face aux travailleurs, les fonctionnaires face aux salariés du
privé…). L’analyse est facile, la solution semble séduisante : réintroduire l’autorité au sein de la démocratie, un retour des valeurs
qui auraient été balayées par mai 1968.
Pourtant, c’est oublier une donnée essentielle : le propre de la démocratie est de
discuter de l’autorité et de sa mise en œuvre ; sinon, la démocratie cède la place à l’autoritarisme. Et le
simple exemple des rapports suspects et complexes de M. Sarkozy avec les médias me semble dangereux pour la préservation d’une vision objective et impartiale, nécessaire afin que le peuple
choisisse son avenir en toute connaissance de cause. Mme Royal aujourd’hui incarne le mieux cette vision à mon sens.
Même s’il doit être encadré, le débat est nécessaire : les grandes
réformes ces dix dernières années n’ont pu être menées que grâce à la recherche d’un consensus, qu’il s’agisse de la sécurité sociale en 1996, des finances publiques en 2001 ou bien des retraites
en 2004 ; la droite, comme la gauche avaient alors compris que la cohérence, le rassemblement étaient les maîtres mots. Ces réformes dont les premiers effets se font sentir tentent de
réaliser un équilibre entre la préservation des acquis et la volonté de rénover notre système : la force de la démocratie est là , dans sa capacité à se remettre en question.
Au final, 54% des Français estiment que l’élection du 6 mai sera un choix entre deux
manières de concevoir la politique et 24% un choix entre deux personnalités, contre 20% un choix entre droite et gauche. L’enjeu est donc clairement posé. Mon choix est donc fait ;
quel sera le vôtre ?